Droit à l’eau, nouvel territoire des droits de l’Homme : Pour une meilleure gestion de la rareté de l’eau

« Le droit fondamental à l’eau potable et à l’assainissement découle du droit à un niveau de vie suffisant et qu’il est inextricablement lié au droit au meilleur état de santé physique et mentale susceptible d’être atteint, ainsi qu’au droit à la vie et à la dignité » – Conseil des droits de l’Homme.

Dans le cadre de la promotion des droits émergents, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a organisé le 16 février 2018 à son stand au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) à Casablanca, un débat autour du droit à l’eau.

Le droit à l’eau a été consacré par la Constitution de 2011 qui stipule dans son article 31 que « L’Etat, les établissements publics et les collectivités territoriales œuvrent à la mobilisation de tous les moyens disponibles pour faciliter l’égal accès des citoyennes et des citoyens aux conditions leur permettant de jouir des droits : (…) à l’accès à l’eau et un environnement sain ; au développement durable ».

Afin de débattre cette thématique, le CNDH a réuni autour d’une même table Charafat Afilal, Secrétaire d’Etat chargée de l’Eau auprès du ministère de l’Equipement, du Transport, de la logistique et de l’Eau,  Jean-Pierre Elong Mbassi, Secrétaire général de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA), Houria Tazi Sadeq, avocate, professeur universitaire et experte juridique sur les questions de l’eau, de l’environnement et du développement durable et Driss Khrouz, directeur général de la Fondation Esprit de Fès et du Festival des musiques sacrées de Fès et professeur universitaire.

Pour les différents intervenants, le droit à l’eau est un droit intergénérationnel qui s’impose dans l’avenir comme un droit de l’Homme extrêmement important. C’est un vecteur déterminant de la durabilité du bien-être social et de la vie en société, ont-ils indiqué. Après avoir mis en exergue la complexité de la gestion de l’eau dans les conjonctures sociales, économiques et politiques actuelles,  ils ont souligné la montée en puissance du phénomène de la migration liée à l’eau .De plus, la ressource en eau au niveau mondial est considérée comme étant au centre de la géopolitique, puisque 263 bassins hydrographiques partagés par deux Etats ou plus représentent une cause de conflit potentiel.

Les intervenants à ce débat ont par ailleurs évoqué la problématique de la raréfaction de la ressource en eau au Maroc, sachant que certaines régions glissent déjà dans l’extrême pénurie et que la gestion rationnelle de l’eau devient plus compliquée avec les changements climatiques. S’ajoutent à cela les défis rencontrés au niveau des zones rurales dont les difficultés de tracer les conduites, de mettre en place les installations, et de gérer  cette ressource par les acteurs locaux. Ils ont dans ce cadre souligné la question de la rareté de  l’eau potable  à Zagora où l’infrastructure est présente et  le taux de couverture du réseau d’adduction d’eau potable dépasse 98%, mais où l’eau n’est pas accessible à la population en raison de l’insuffisance des ressources hydriques.

Il va sans dire que le Maroc a déployé des efforts indéniables au niveau constitutionnel, législatif et au niveau des infrastructures en vue de garantir un accès équitable à l’eau. En effet, depuis l’indépendance, le Maroc a considéré l’eau comme un levier et une priorité de développement socio-économique. Il a de ce fait accumulé une expérience importante et développé une ingénierie dans la gestion de l’eau qui remonte à l’époque de la construction des grands barrages ayant permis une importante mobilisation de cette ressource rare pour protéger les citoyen(ne)s contre des périodes de sécheresse difficiles.

Les intervenants ont en dernier lieu souligné l’importance de sensibiliser et de plaider pour que les enjeux liés à l’eau soient soulevés et pris en charge par les négociateurs climatiques. Ils ont également appelé à mobiliser des investissements pour généraliser l’accès à l’eau potable et à gérer la rareté de cette ressource, à trouver des alternatives, à valoriser les ressources pérennes et à prendre en considération la composante traitement et réutilisation des eaux usées.