Edito

Etre jeune au Maroc au XXIème siècle

yazami

Fidèle à sa tradition de consacrer son stand au SIEL à une thématique importante pour la société marocaine, le CNDH a choisi cette année la problématique de la jeunesse. Les années précédentes, nous avions traité de l’handicap, des droits des femmes, de l’enfant, etc., faisant chaque fois du stand un espace de libre parole et de débats pluralistes entre acteurs de toutes origines et convictions. C’est cette même approche qui présidera cette année à l’animation de notre espace à cette belle fête populaire du livre et de la lecture.

On le sait, la définition en termes de catégorie d’âge de la jeunesse fait débat, au Maroc comme ailleurs. Pour l’ONU, il s’agit des personnes âgées de 15 à 24 ans. L’UNESCO adopte une position plus flexible en l’étendant jusqu’à 35 ans. Au Maroc, la stratégie nationale intégrée de la jeunesse (2015-2030), adoptée par le Conseil de gouvernement le 3 avril 2014 a opté pour la période 15-29 ans. On sait aussi que pour les défenseurs des droits de l’enfant, la Convention des droits de l’enfant est pertinente jusqu’à 18 ans. C’est entre autres la raison pour laquelle plusieurs organismes et acteurs réclament l’adoption d’un nouvel instrument du droit international des droits de l’Homme uniquement consacré aux jeunes et à leurs droits.

Selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2014, la catégorie d’âge 15 à 34 ans représente au Maroc 34,1% de la population.  C’est dire l’importance démographique de la jeunesse. Mais au-delà des chiffres, c’est en fait à l’émergence d’un nouvel acteur social, les jeunes, que nous sommes tous confrontés. Conséquence de la transition démographique marocaine, de la démocratisation, malgré les défis et les problèmes, de l’enseignement et des progrès de l’urbanisation « la présence massive (des jeunes) semble peser lourdement sur la configuration de la société pour les prochaines décennies (…). Leur poids démographique et social annonce la morphologie de la société marocaine en cours de formation : une société jeune, citadine et instruite. » (Mohamed Sghir Janjar) Les progrès de l’internet dans notre pays en font aussi une catégorie massivement connectée, ouverte sur le monde et ses transformations, de plus en plus accélérées.

La jeunesse n’est plus ainsi une catégorie en attente d’un passage à l’âge adulte, vivant une sorte de courte parenthèse, appelée à se clore dès l’accès à un emploi ou à un mariage.

Touchées par un chômage massif, confrontées aux difficultés de l’enseignement, au déficit en équipements culturels et sportifs, aux discriminations en ce qui concerne les jeunes filles, notamment rurales, les jeunesses marocaines, car elles sont à la fois semblables et diverses, manifestent leur aspiration à l’égalité et à la participation dans tous les domaines. Elles font aussi preuve d’une créativité incontestable et d’un esprit d’initiative qui s’épanouit dès que les opportunités sont disponibles. Les multiples initiatives qui se développent dans le pays, et dont certaines illustrations seront visibles durant ces dix jours au SIEL, en témoignent.

C’est bien d’une politique globale et transversale que nous avons besoin, impliquant l’ensemble des acteurs, publics et privés. Une politique qui ne peut être élaborée sans la participation active et à tous les échelons des jeunes, dans l’esprit de la constitution de 2011 et des évolutions les plus récentes du droit international.  Ce droit à la participation est peut être la première clef pour répondre ensemble à l’immensité des défis qui attendent la société marocaine. La participation du CNDH à ce salon est une modeste contribution dans cette voie.

 

Driss El Yazami