Le sport en tant que thématique émergente des droits de l’Homme : ‘Le sport est un droit fondamental dont chacun devrait jouir’

En dépit de son importance, le sport n’est pas cité dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), d’où l’idée d’organiser une rencontre autour de cette question, en tant que thématique émergente qui relève des « nouveaux territoires des droits de l’Homme », un des 5 fils rouges de la programmation du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) à la 24ème édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL).

Le débat sur l’accès au sport tenu le 14 février 2018 s’est déroulé en trois axes, avec la participation de Nasser Larguet, directeur technique national de la Fédération Royale Marocaine de Football et de BelaÏd Bouimid, journaliste sportif, chroniqueur et consultant à Radio Mars.

Le sport entre droit et devoir

Après une lecture des articles cités dans la Charte internationale de l’éducation physique et du sport, et dans la Charte olympique, mentionnant que le sport est un droit fondamental de l’Homme, la question était de situer le sport entre droit et devoir. M. Bouimid a mis le doigt sur les défaillances juridiques qui ne garantissent pas l’exercice du sport dans des conditions digne des différentes disciplines sportives. Lesquelles conditions se répercutent automatiquement sur les infrastructures (en citant à titre d’exemple les stades de proximité et le stade Mohammed V de Casablanca) et sur le fonctionnement des clubs sportifs qui connaissent un véritable désastre au niveau de gestion et de la formation.

Pour M. Larguet, le sport est avant tout une leçon de valeurs, sa présence est fondamentale dans la vie d’un être humain depuis l’enfance. Cependant, a-t-il ajouté, le sport ne se limite plus à l’exercice physique, mais s’érige en véritable métier et un ascenseur social qui contribue au développement économique du pays (en citant le Brésil où le sport représente 6% du PIB), d’où l’importance de l’éducation et de la formation en sport, qui est un droit et un devoir, a-t-il précisé.

Le sport est-il facultatif dans notre culture ?

Jugé facultatif à l’instar de l’art et la culture, le sport ne s’inscrit pas dans les habitudes ou les nécessités du quotidien. Dans ce cadre, les intervenants ont mis l’accent sur la responsabilité des pouvoirs publics et de la société civile concernant la sensibilisation et la mise en place d’espaces dédiés au sport. Insistant sur l’importance du sport en milieu scolaire, ils ont unanimement considéré que le système éducatif, tel qu’il est conçu, ne permet pas à l’individu de pratiquer du sport dans des conditions optimales, notamment en raison de l’emploi du temps qui demeure chargé à raison de 8 heures par jour, ce qui représente un handicap pour faire du sport ou pratiquer tout autre loisir. Ils ont attiré l’attention aussi sur le peu de temps accordé à l’éducation physique dans le cursus scolaire, ce qui laisse peu de place au développement des capacités personnelles dans ce domaine.

Les imitatives menées

Plusieurs initiatives ont été menées par la société civile, des médias et par des institutions en vue de la promotion du sport, notamment le foot, le sport le plus populaire au monde. Dans ce sens, une expérience inédite a fait ses preuves dans le football marocain, celle du sport-études au sein de l’Académie Mohammed VI. La question qui se pose donc est de savoir si ce modèle est transposable sur les autres disciplines ? En fait, comme l’a souligné M. Larguet, tout réside dans la volonté politique et dans la disponibilité des compétences nécessaires. L’expérience consiste à ce que les jeunes qui pratiquent le football puissent étudier en même temps. Etant donné qu’aucune carrière professionnelle n’est garantie à l’avance pour l’étudiant, et si carrière il y a, cette dernière prend fin vers 35 ans en moyenne, il est donc fondamental de former l’humain avant tout, afin qu’il soit suffisamment outillé et muni d’un savoir-faire qui lui permettra de mener une vie digne.

Et les deux intervenants de conclure que le sport, comme l’art et la culture, mérite d’être enseigné et pratiqué, dans une société qui se veut ouverte, dans un contexte en perpétuelle évolution. Ils ont fait appel aux jeunes pour qu’ils s’impliquent de plus en plus à cette discipline, car le sport est un droit dont chacun devrait jouir.